alpiazur : alpinisme dans les Alpes d'Azur                  

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Aouidet er reched: à la recherche de la source perdue...

 

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Dans la lumière dorée du petit matin, le sable glacé rentre dans mes chaussures, pendant que je peine sur le flanc de la grande dune. Pas un souffle.

Tout le monde dort encore, en bas, au bivouac blanchi de givre. Le froid de Janvier est sévère, cette année : les jerrycans d’eau ont gelé en masse, cette nuit. ça « pique » dur, ce matin.

 

A 20 000 km au dessus, dans le vide sidéral, trois satellites américains planent en silence, et envoient leur « bip » au GPS. Je reporte la position au crayon, sur le quadrillage d’une carte froissée, établie en 1955 d’après les relevés des militaires français sur le terrain de… 1928 et c’est magique:  j’ai envie de battre des mains de ravissement : le point est bien sur le flanc de Tembaïn, la colline tabulaire que je suis en train de gravir.

 

Pourtant, lorsque je me tourne vers le Sud, le doute m’étreint: tu voulais du sable, mon gars… à perte de vue, ce qui peut représenter cinquante à quatre vingt kilomètres, un moutonnement continu de cordons dunaires, accidentés à souhait. C’est là qu’est notre « route », entendez par là la succession de points GPS que nous allons suivre. Cinquante kilomètres dans ce « champ de mines », ça peut représenter une demi journée de 4*4, ou bien deux ou trois jours suivant la consistance du sable et la forme des dunes.

Bir Aouine, le fort digne du fort Bastiani  du « désert des tartares » est encore bien plus loin, là où la mer de dunes s’apaise en une plaine herbeuse, avant de s’enfler de plus belle vers El Borma, puis  Borj El Khadra.

Les têtes plates des collines jumelles de Dekamis el Kebir et Dekamis el Srir, loin vers le Sud émergent des cordons, point de repère dans cet océan uniforme.

 

Je m’apprête à entrainer là dedans toute notre bande : quatre 4*4 et leurs équipage, dont ma famille. J’ai la chance de partager ces moment avec Cathy et Noémie notre fille ainée. Elisa se joindra à nous l’an prochain, mais c’est une autre histoire…

Cathy, ancienne copilote et  pilote de rallye, aime bien conduire dans le sable. elle a gardé le goût de la conduite, et préfère, lorsque le terrain l’impressionne, prendre le volant que se morfondre sur le siège passager.

 

Des équipages aguerris, des novices aussi, mais tous très motivés par la recherche de la source chaude de Haouidet er Reched, nichée quelque part dans l'erg sous Douz en Tunisie. A moins que cette source ne soit une chimère ?

Nous ne savons pas où elle est exactement, ni à quoi elle ressemble. On dit qu’il y a un petit lac avec de la verdure, des animaux qui viennent y boire. Nous sommes partis à sa recherche d’après un vague croquis d’une brochure de voyagistes, et d’après le récit trouvé sur internet de « zoumine », un motard qui ne l’a pas trouvée non plus malgré ses efforts. Un vieux grimoire, c’est à dire une carte publiée par l’IGN et établie sur un relevé d’exploration de 1890 fait état dans le secteur d’une plaine inondée,  ou d’un lac : El Merhotta. S’agirait il de la même chose ?

 

Le nom de la source, enfin, le nom du lieu, est marqué sur la carte (pas celle ci !!) : avec les GPS, nous devrions trouver… Lorenzo, l’italien qui tient le camping « Sahara Club », à Douz, y est allé, il y a plusieurs années. ‘molto sabbia…ma, à quatro vehicoli, niente résista » :beaucoup de sable, à quatre véhicule, rien ne résiste.

Il est 9 heures lorsque nos Toyota s’engagent dans une plaine inter-dunaire : les grands cordons de dunes, dans cette partie de l’Erg tunisien, sont séparés de plaines de cailloutis, parsemés d’une maigre végétation buissonneuse dont se nourrissent les gazelles et les lièvres des sables.

Le jeu consiste à faire du « saute mouton » de plaine en plaine, en cherchant les points faibles des cordons, des cols qui montent doucement. Parfois, il faut suivre longtemps la zone un peu plus plate autour du fil du cordon, et c’est un moment délicat mais excitant, en équilibre entre sable et ciel.

d’autres fois, on redescend tout droit dans la vallée suivante, par de grandes pentes qui peuvent attendre 35 degrés, avec un petit frisson : et s’il fallait faire demi-tour ?

d’autres fois, encore, pas de point de faiblesse : il faut attaquer la dune de front, en louvoyant entre les « trous de bombes », pièges infernaux pour nos véhicules, comme les entonnoirs des « fourmilions » qui attendent que leur proie glisse vers le fond…

«  Jean Jérôme a un problème » prévient Patrick à la CB. Les deux roues droites de son Hi Lux pointent vers le ciel, tournent encore un peu puis s’arrêtent… aïe, la voiture est sur le flanc !

Une portière s’ouvre vers le ciel, toute droite, et l’équipage s’extrait péniblement, et saute dans le sable. Ça commence bien… son véhicule manque de puissance, il est obligé de slalomer « pied au plancher » entre les dunes, ce qui rend la manœuvre périlleuse.

Nous avons une certaine habitude de ce genre d’incident : on boit un coup, il n’y a pas urgence, et nous organisons soigneusement le dépannage. ici, on ne peut pas se permettre un sur-accident, ni mécanique ni, surtout, corporel.

une voiture sanglée en traction devant, pour éviter toute glissade, une en traction sur le côté pour faire basculer le Hi Lux sur ses roues, et une autre à l’opposé, en contre traction, pour éviter que le mouvement n’aille au delà de nos espérances… et que la voiture ne se retrouve sur le toit de l’autre côté. Patrick, à la CB, assume le rôle de chef d’orchestre pour synchroniser les mouvements.

La voiture bascule, soulève un nuage de sable et rebondit sur ses roues : gagné !!

Ensuite, on purge les cylindres de leur huile, on lave l’acide qui s’est écoulé de la batterie. Deux heures de boulot, du cambouis partout, mais l’équipage n’est pas trop commotionné, la voiture n’a rien, ça ira, on continue.

Cette après-midi, c’est Cathy qui conduit notre HZJ75 : elle modèrera l’allure, il faut être plus mesurés si l’on ne veut pas laisser un voiture dans l’erg…

Lorsque nous établissons le camp pour le soir, nous avons parcouru 17 km à vol « de GPS ». pas si mal pour un premier jour, avec les péripéties de la matinée…

C’est le moment le plus agréable de la journée, perdus au milieu des dunes, nous installons paisiblement le camp du soir.

certains font leur toilette : douche complète, champoing compris avec…1,5 litre. Faut dire qu’il vaut mieux être économe en eau, nos réserves doivent durer 5 à… disons 8 jours.

D’autres avec radio et GPS partent pour une ballade à pieds, d’autres s’allongent sous leur 4x4 pour voir d’où provenait ce bruit, ce claquement qui les a inquiété toute la journée, ou bien encore, déballent le contenu d’une malle dans laquelle les objets, mal calés, secoués par les cahots, se sont répandus en vrac, le chocolat en poudre mélangé à de la mayonnaise…

C’est le bon moment pour les photos, la lumière se fait douce et met en valeur les formes lascives de dunes. C’est le bon moment pour s’allonger sur le sable tiède et regarder le bleu tendre du ciel tourner au mauve. C’est le bon moment pour vivre le silence de l’erg, et par la pensée, le suivre jusqu’à Bordj el Khadra, puis l’Algérie, Hassi Messaoud, In Aménas, Illizzi, les canyons du Tassili, Djanet… rêver d’autres voyages.

 

(en travaux)