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Février 2001: traversée du Mercantour en skis (de Castérino à Saint Etienne de Tinée)
La
tête de Quelle
"boite"! fixations en position montée, propulsé par son sac de vingt
kilos, il s'est fait piéger par une zone de neige molle et il est passé par
l'avant. Il
s'ébroue, mais ne se relève pas, et sa grimace ne laisse rien présager de
bon… -
aide moi, fait il. Luxation de l'épaule. Je
déchausse pour l'approcher précautionneusement, gambergeant déjà sur la manière
de le secourir. Nous
avons quitté Paul et Anne qui tiennent l'auberge refuge " Marie Madeleine",
par la piste confortable du vallon de Valmasque. Mais une heure plus tard,
crampons, piolets, corde et baudriers bien au chaud au fond du sac, cette piste
s'était transformée en piège: comblée par de la glace recouverte de neige,
le tout en pente déversant vers le vallon qui grondait trente mètres en
dessous…brrrr! Tout
en damant une plate forme à côté de -
bon, aide moi à réduire ma luxation. Il va falloir que je fasse gaffe pour la
suite de la traversée ! bon sang, c'est du coriace, faut vraiment
tirer comme un âne, de toutes
Je parviens à la convaincre de raccourcir cette première étape pour l'achever au refuge de Valmasque, à une heure environ de notre position…en espérant que ce refuge,probablement fermé, possède un abri d'hiver.... sinon, faudra refaire le chemin de nuit, en sens inverse. Mais
le pire n'est jamais certain.
Après
un long contournement, nous découvrons le refuge sur un promontoire dominant le
lac . Cette
dernière solution étant la plus haute et la plus raide c'est tout
naturellement celle ci que choisit l'accidenté…. La
pente et la glace (qui ne nous lâchera guère durant cette semaine) nous imposent le choix des armes: skis sur le dos, crampons
aux pieds pour Quelques
barres énergétiques dans la bourrasque poudrée qui balaye le lac Gelé, bien
nommé, et nous gravissons le pas de la Fous, avec ses fanions en tissu, un vrai
morceau de Tibet. La
descente, en pente douce, est recouverte d'une épaisse croûte de glace, cédant
parfois sous notre poids…c'est du ski "sauve qui peut", où l'on tâte
d'un pied soupçonneux la consistance avant chaque virage et
Lorsque
nous atteignons le refuge de Nice, il fait très chaud . Nous déjeunons sur
un barrage, grillés par le soleil: grand déballage pour tout sécher! Au
refuge, c'est presque la civilisation. quatre clients font un thé sur la
terrasse, il y a l'électricité (solaire), l'eau …au jerrycan, puisée par
Patrick, le sympathique gardien qui s'avère un fin cuisinier. L'étape
du lendemain est la plus "cool" de la traversée: 700m de dénivelée
pour rejoindre le refuge de Cougourde par le pas des Ladres. Nous
emportons un fagot de balises pour aider notre hôte au marquage de "La
Sudagna" (comprenez: la suée, en niçois), course de ski alpinisme qui
suivra cet itinéraire dans quelques jours. Nous
avons dix balises: arrivés à ce qui nous semble être 500m du pas des Ladres,
nous commençons à piqueter tous les 50m…au bout de trois balises, il est évident
que nous avons totalement sous estimé la distance, nous étions au moins à
deux kilomètres! Au
pas des Ladres, un skieur seul, hilare, un peu rondouillard, jaillit de l'autre
versant au pas de charge, en même temps que nous. "pas la forme, dit il,
j'ai trop fait la fête hier soir, je redescends!"
sans ce lest, le ski n'a plus rien à voir, nous grimpons comme des avions, et à
la descente vers les sacs, la neige a beau être
croûtée, les skis s'envolent dans les virages sautés.
le chemin
est pourri,
gelé, défoncé
par les traces de pas,
de skis et de raquettes. la charge de bourricots que nous transportons nous
pétrifie les cuisses sur ce terrain Nous
retrouvons le goudron au bout des pistes de ski de fond du Boréon, pour deux km
sur la route du col de Salèse. Le temps est printanier, nous nous arrêtons
pour adopter la "tenue d'été". Il fait doux, les mésanges picorent
les bourgeons des mélèzes au soleil, nous savourons l'instant, pas pressés. Après
le col de Salèse commence la longue traversée à flanc vers Isola 2000. Depuis
un pont de neige, nous tombons en arrêt devant une vasque idyllique, une eau émeraude
dans un écrin de neige. C'est un lieu idéal pour déjeuner, mais comme le fait
remarquer C'est
une longue tradition entre nous que d'émailler nos sorties d'une baignade,
quelle que soit la température de l'eau, de l'air, en VTT, en escalade, en 4x4. à
poil, mais en coques plastiques et au piolet,
nous desecaladons le mur de neige de trois mètres qui cerne la vasque et …plouf!
bon sang, c'est froid, vraiment,
mais il fait si bon dehors que nous séchons au soleil. C'est ça, les alpes du
Sud . Ce
n'est que bien après la fermeture des remontées mécaniques que nous
atteignons le col Mercière et les pistes d'Isola 2000. Il y a dix heures que
nous avons les skis aux pieds, la baignade mise à part. nous dévalons une piste…verte
avec délectation, la première bonne neige que
nous rencontrons. Je me marre en nous voyant soigner la position dans des
grandes courbes impeccables, le style n'était pas le même dans la croûte infâme
de ces derniers jours…. Jacques, un
pote
de
L'étape du Jeudi débute par une montée au col de la Lombarde... en télésiège:
c'est le seul moyen mécanique que nous emprunterons, mais il nous offre 300m de
dénivelée "dans un fauteuil" et nous permet de dormir un peu. Après
la baisse de Tessine, un sentier enneigé très amusant en montagnes russes
serpente jusqu'au hameau de Caglieri, dont les vielles maisons nostalgiques et
abandonnées sont illuminées par les derniers rayons du soleil. San Bernolfo... le nom de ce hameau est pour moi chargé de souvenirs. j'ai passé les étés de mon enfance à arpenter dans la haute vallée de la Tinée, la crête qui domine cette vallée, et je me souviens des quelques lumières qui s'éclairaient le soir. il m'aura fallu attendre 30 ans pour voir ces quelques maisons, ce petit bout du monde de plus près... nous montons vers San Bernolfo
par les pistes de ski de fond, et nous
croisons Nathalie, qui tient le gîte avec Pier'Angello, son mari. Elle
descend en skidoo les Logés
dans une petite annexe chauffée, nous sommes invités à la table de nos hôtes
et de leurs "amis-clients" pour une incroyable soirée piémontaise. Nous
baragouinons, moitié français, un quart italien, un quart piémontais. Marco
se fait un devoir de proposer à Pour
ma part, je reste à l'eau, car la journée de demain, ultime étape, risque d'être
très rude: 1300m de dénivelée d'un seul trait jusqu'au pas du Corborant,
puis 2000m de descente sur saint Etienne de Tinée, dont une partie sans
neige, et peut être sans sentier (le titanesque glissement de terrain de La
Clapière a englouti le sentier "classique"), et tout ceci au chrono,
le bus pour Nice part à 16h45….
Nous sommes bien vaseux lorsque sonne le réveil à 5h15, après 5h de sommeil.
Notre hôtesse nous a préparé le petit dej', des sandwiches et même un petit
mot d'encouragement. C'est
le départ le plus matinal du raid, et je ne suis pas très sûr que cela
suffira pour attraper le bus. m'enfin, il faut bien dormir un peu quand même. Il
faut aller chercher loin dans le vallon avant de traverser vers les lacs de
Lausfer. lorsque nous y arrivons, la neige est déjà lourde et gorgée d'eau.
Par endroits, les ruisseaux ont scié le manteau neigeux, il doit bien y avoir
4m d'épaisseur de neige. On
accède au pas du Corborant par un couloir qui se redresse sur la fin. malgré
la neige pourrie, je préfère chausser les crampons et attaquer droit dans Hélas,
c'est lui qui a la corde, et je rassemble tout ce que j'ai comme sangles,
cordelettes, dégaines pour lui faire une main courante de fortune. Le petit vin
blanc de la veille, mélangé au rouge et au rosé et au pousse-café a eu raison de sa forme physique, et la pente raide finale
l'achève. Il
est déjà presque midi, il ne faut pas traîner. La
traversée du lac a un petit air de pôle nord, avec sa mini banquise crevassée
sur les rives . La
traversée du ruisseau est "limite", mais le temps presse. plouf,
chacun de nous met un pied dans l'eau. Tiens…j’ai perdu ma montre dans les
branches ! Plus
de neige, mais nous retrouvons un bout de sentier; je sors le GPS pour vérifier
l'altitude, 1750m! c'est pas vrai, il reste plus de 600m de dénivelée, plus 4km de
goudron en …disons 1h30, c'est pas gagné, avec le barda sur le dos, et les skis
en traviole qui s'embranchent sournoisement dans les sous bois. Le
sentier, têtu, tire à flanc sans descendre d'un mètre. Je suis le local de l'étape,
ayant passé mon enfance sur ces chemins….il y a 25 ans, mais mes souvenirs
sont bien vagues, et la carte ne nous est d'aucun secours: quasiment plus de
chemin dessiné. Par
portable, Et
ce damné sentier qui se divise encore: on choisit "au pif". D'un
seul coup, le chemin se décide à perdre de l'altitude, il descend maintenant
presque verticalement, en minuscules lacets raides. Nous
courrons presque, les skis accrochent les arbres: plus qu'une heure !
Enfin, nous arrivons au goudron de l'ancienne route de Saint Etienne, dévorée
par le glissement de terrain à quelques centaines de mètre de là. Il
ne reste plus qu'à clopiner jusqu'à l'arrêt de bus, avec une demi heure
d'avance: ouf! Dans
le bus bondé, honte sur nous: nous prenons conscience que nous puons comme des
blaireaux….explications gênées et préventives avec nos jeunes voisines. 20h,
Nice terminus…pour le bus, car pour nous la journée est loin d'être finie:
il faut encore une demi heure de marche en ville, skis au dos pour rejoindre
l'appartement de Dimanche:
il neige, et il neigera toute la semaine ! charge: environ 17kg... sans les skis ni les chaussures, davantage les premiers jours (nourriture). avec du matériel ultra léger, on peut gagner 3 à 5kg. on peut aussi enlever du matos de sécurité (corde, sangles, ...) mais clairement, ce n'est pas un sac de sortie à la journée. GPS très utile, à moins de connaître les différents tronçons et d'avoir du beau temps! retour : ski alpinisme
Dénivelées : Casterino
- Valmasque :
680m Pas
de la Fous - mt Colomb :
1150 Fenestre
- Cougourde
550 +200 Boréon
- Isola
919 Isola
- San bernolfo
700 (+remontées mécaniques) San Bernolfo-Rabuons - St Etienne
1300
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