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accueil > neige et glace > Couloir Ouest du Gélas
la course: juin 2005. pour éviter un départ vraiment trop matinal, nous avons choisi l'option bivouac, cette fois. arrivés de nuit à la Madone, nous zigzaguons à la recherche de lambeaux de sentier, perdus entre les grands névés. cette fois, j'ai carrément exagéré: bien sûr, les lampes à LEDs ne consomment pas grand chose, mais je n'ai jamais changé les piles, et ça commence à se faire sentir... et puis ...zut, j'ai pris le réchaud, mais pas les allumettes... Jean Marc, t'en as, toi, des allumettes? ben, non... bon! j'ai dû grandir depuis la dernière fois, je n'arrive plus à rentrer les épaules dans mon duvet. tant pis, la doudoune le prolongera. minuit, la conversation se ramollit soudain, on se tortille pour essayer de trouver une position qui épouse les bosses du sol. merde, c'est tout voilé. pourtant, la météo.....1h30, réveil fugace, mal au cou... il fait frais quand même, pour un mois de mai... petit vent qui agite les sursacs, fantômes de rochers dans la pénombre... 2h15, altimètre: toujours pareil, ça va. il fait tout calme maintenant, c'est bizarre. j'ai froid au genou... 2h25, encore réveillé? le linceul du couloir blanchâtre, là haut ... tiens, la corde fera un bon oreiller... ça souffle un peu, on voit bien les étoiles, super...3h17, j'ouvre l'œil... encore une heure et demie à pioncer: mmmm... le vent s'est arrêté, y'a du givre maintenant... la neige sera bien regelée, mais ça caille... allez, c'est l'heure. il fait froid, les chaussures sont givrées... beau temps... les muscles tirent un peu. petit déj' ...froid et c'est parti. -Jean marc, tu veux que je prenne du matos? il est tout léger, mon sac on est partis depuis un quart d'heure... et on a oublié la corde. retour au bivouac... les premières pentes se remontent facilement, puis la neige devient plus dure. on commence à tirer des longueurs. quelques pitons en place sur les bords. toc-toc.. hé, pas ting-ting: toc-toc, tout terne et tout mou, beurk! je deviens carrément parano, ou bien ils sont tous pourris, ces pitons "d'origine"? celui-là, en le retapant , je fais exploser l'écaille sensée le tenir. ça dégringole vers le bas: "pierre!!!!" coinceur... très bon, celui-là, et tout neuf. hum, trop bon, jean marc n'arrive plus à l'enlever. il bataille... tant pis, faut y aller. un ressaut un peu mixte, un bout de cascade... broche... et re-broche "béton" trois mètres plus haut, en souvenir de celle que j'aurais dû visser avant de me casser la jambe, en 2002! la glace, dure et fragile, éclate en grosses écailles, jean marc fait le dos rond sous la mitraille de cristal qui ricoche et se fragmente de toutes parts. j'ai décalé le relais, mais c'est tellement resserré, là dedans que c'est bien difficile de rater le second avec ces projectiles. "Salut!" à la selle neigeuse, des skieurs attendent que la neige du couloir Est soit parfaite, en cassant la croûte. la dernière longueur nous sort de la renfougne frisquette pour nous ramener au soleil, à la vie, l'ambiance est plus joyeuse, panorama d'enfer . Jean marc a la banane, moi aussi: la vie est belle! c'est le mont blanc, le Cervin,la-bas? j'en sais rien, je n'ai jamais rien compris à ces grosses montagnes lointaines et inconnues, mais je m'en fous, c'est beau, voilà! quand je vois tout ça, je dis "j'ai vu le mont blanc": il doit bien être quelque part, là dedans, non? par contre, là, c'est le cap d'Antibes, les îles de Lérins, pas de doute! l'idée était de traverser les arêtes jusqu'au balcon du Gélas, mais il reste pas mal de neige molle en face Nord, ce qui nous renvoie en face Sud, où le rocher est complètement pourri: pas une prise qui tienne, pas un bon bloc pour mettre un point, et pourtant, je ne fais pas le difficile. ça dégringole dur sur notre passage, les pierres font la cabriole, avant de percuter la pente neigeuse, en bas, avec un fracas d'avalanche sans rapport avec les petites coulées qu'elles déclenchent . étrange, j'ai traversé ce coin il y a quatre ans en chaussures de skis, sans difficultés: ça s'est pourri depuis, ou bien ??? retraite prudente vers le couloir Est, où la neige commence à ramollir sérieusement, zébrée vers le bas de fissures inquiétantes par lesquelles on voit le sol. faut pas traîner ici... on enfonce jusqu'aux hanches par moment: trop de temps perdu sur les arêtes, ça m'apprendra! les névés permettraient de skier presque jusqu'aux voitures, finalement, et nous aurons le temps de méditer ça, plantés jusqu'à mi cuisses. de retour au bivouac, c'est le comble du luxe: une sieste au soleil, douillettement installés sur les Karimats et les duvets, avec vue sur les sommets, les prochaines courses...
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