retour: le bétisier

Gélas hivernal en charentaises ...

Madone de Fenestres, 2 décembre 2006, 7h30, température -2°

Il fait encore presque nuit. Ça fait un moment que Luc remue le contenu du coffre de la voiture… il sort la tête, dépité:

       -  merde, j'ai oublié mes "grosses"! (entendez: grosses chaussures, chaussures chaudes de montagne).

Un flottement... j'imagine ce que je vais faire d'une journée qui finalement, ne se passera pas en montagne.

Luc regarde ses pieds, chaussés de baskets, non de sabots en cuir sans lacets, confortables pantoufles, presque des charentaises.
C'est Décembre, et il y a de la neige à partir de 2400m. Nous allons au sommet du Gélas,  3150m, tout blanc, là haut dans la les premières lueurs de l'aube…

-          bon, je vais grimper avec ça

-          Avec ça???  Et tes crampons, ils vont tenir comment?

-          Ben, c'est des crampons alu, à lanières

-          Tu vas pas te cailler les pieds? C'est plein de neige.

-          Bof, ça ira…

 

Luc revient d'Himalaya où il a attrapé des débuts de gelures aux doigts de pieds et de mains, mais c'est sur, le froid très relatif de ce mois de Décembre clément doit lui sembler peu de choses. Bon... Nous voilà partis. Premiers névés, première croûte, première neige dans les godasses..

-          Hé, Luc, met quand même tes guêtres!

Luc consent, un peu dépité de voir s'éloigner la cordée que nous étions en train de rattraper. Mais évidemment, les guêtres c'est pas fait pour se fixer sur des charentaises…la neige rentre quand même…

On grimpe une longueur rocheuse facile au soleil, puis on bascule en face Nord. Neige dure sur toute la facette… ce n'est pas bien raide, mais faut pas "zipper" quand même, sinon, c'est droit en Italie, en bas.

Nous nous encordons, parce que les crampons alu émoussés mal fixés sur les sabots, ce n'est pas l'arme absolue sur la glace.

 

Le ciel bleu vif devient rapidement laiteux. Le vent se lève. Il fait plus froid, maintenant.

Nous sortons nos vestes... Luc fouille dans son gigantesque sac "the north face" de 250 litres à 60 poches, fouille encore… sort des chaussons de bivouac en duvet, des sangles, des sandows, des surmoufles, des casse-croûte...

-                      -   merde, j'ai oublié ma doudoune

-                       -  c'est pas grave, je peux te passer un gilet duvet, prend juste ton coupe vent.

 

Luc sort sa gore tex rouge, qui n'en finit pas de sortir du sac, la déplie. Drôle de coupe pour une veste.

-                  -   Ah, merde, c'est pas une veste, c'est un sursac.

 

Ben, on sera au sec, si l'on doit bivouaquer! Je lui passe mes fringues "fond de sac", et nous repartons. Il fait carrément mauvais, mais on voit à peu près la suite de l'itinéraire..

Nous grimpons aussi vite que le souffle le permet, et bientôt, nous distinguons le sommet.

 

Il se met à neiger, maintenant. Nous retrouvons l'autre cordée au sommet. Quelques photos dans la tourmente, puis nous nous engouffrons dans le couloir de descente de la voie normale. En bonne neige et en bonnes chaussures, c'est peu de choses, mais là, il n'y a qu'une rigole de neige et glace au fond, de la croûte par-dessus et des ressauts "cascade de glace".




J'assure Luc du haut, il doit avoir bien froid aux pieds, à patauger dans la neige avec ses pantoufles trempées depuis ce matin, mais reste stoïque et cramponne son piolet, essayant de ne pas "déjanter" ses chaussons qui se tortillent dans les lanières. Par précaution, nous tirons un petit rappel au plus mauvais endroit, et en plus d'une heure, nous voilà au pied.


 

 

 

 

 

 

La descente vers le refuge est bien longue dans cette obscurité et nous arrivons de nuit noire à la voiture.

-          T'as eu froid aux pieds? Tes sabots ont l'air gorgés d'eau.

-          Bof, pas trop…

-          Tu parles…

 

sa "banane" est tellement large que je le soupçonne d'aimer le mauvais temps…